Des collines aux courbes sensuelles, des pistes de terre rouge, des silhouettes imposantes gardiennes du «temple»: pas de doute nous sommes à Rapa Nui.
Ce matin, le débarquement a été agité, neoRomantica a jeté l’ancre au nord-est de l’île, abrité de la houle de sud-ouest, mais le ressac a durement secoué nos chaloupes qui paraissent bien frêles en de telles circonstances.
Des mini bus nous attendent à proximité de ce qui tient lieu de débarcadère.
Le chauffeur, un Rapa Nui pure souche, colosse tatoué de la tête au pieds, nous accueille avec un large sourire.
«Je vous préviens, ici c’est lentement le matin et pas trop vite l’après-midi!» nous dit-il.
Effectivement, la quiétude est la première sensation lorsque l’on débarque sur cette île de 5700 âmes.
L’isolement en est sans doute la cause: nous sommes situés à 3600 kilomètres à l’ouest des côtes du Chili et à 2075 kms de l’île la plus proche Pitcairn, ce qui fait de l’île de Pâques l’une des îles habitées les plus isolées du monde !
Cela contribue à la magie des lieux, fouler son sol, c’est une histoire qui devient réalité, à cet instant j’aurais aimé que le temps ralentisse pour profiter de chaque fraction de seconde.
La voie de notre guide qui s’exprime dans un français parfait me tire de mes rêveries.
En route !
Ballotés, nous nous arrachons à la colline sur laquelle était garé notre bus.
Notre chauffeur inonde notre bus de musique polynésienne, et nous offre sa joie de vivre en cadeau.
Nous partons faire l’excursion la plus complète de l’île celle qui dure la journée. Nous ne retournerons probablement jamais dans ce lieu aussi éloigné, nous voulons donc découvrir et apprendre un maximum de choses.
Nous roulons cahotiquement le long d’une côte découpée de roches volcaniques noires, sur laquelle viennent se fracasser d’imposants rouleaux d’un bleu outre mer. C’est magnifique et n’est pas sans rappeler les côtes de l’île de la Réunion à certains endroits.
Nous commençons par un arrêt à la plateforme d’Ahu Tongariki, la plus imposante de l'île, magnifiquement située à proximité de l'océan, avec ses 15 magnifiques moaïs, dont un seul coiffé du chignon d'origine.
Nous allons visiter ensuite le site de Rano Raraku.
Surnommé la « nurserie », ce cratère volcanique est la carrière d'où étaient extraits les blocs de toba (sorte de tuf volcanique) utilisés pour sculpter les moaïs.
Nous déambulons parmi les moaïs encore prisonniers des roches, des moaïs partiellement entaillés, des moaïs ensevelis jusqu'aux épaules et des moaïs couchés. Chaque statue représente une phase du long et laborieux processus de sculpture de ces splendides monolithes. Nous avons le loisir de les observer sous toutes leurs coutures, appréciant les différentes formes et tailles, les détails décoratifs les plus infimes et les trous percés pour le levage et le transport des statues.
Nous découvrons en outre un gigantesque moaï de 21 mètres de haut, le plus grand existant à ce jour, et le moaï agenouillé qui était presque entièrement enseveli lors de sa mise à jour.
Plus de 390 statues disséminées dans ce cadre naturel nous transmettent toute la grandeur et la magie de leur mystère. L’île compte 966 moaïs au total.
Nous poursuivons à la découverte du village d'Orongo.
Partiellement restauré, cet ancien centre cérémoniel est situé sur le versant d'un volcan, au bord d'une falaise tombant à pic dans la mer, en face de petites îles.
À demi enterrées, les maisons sont constituées de murets en pierre surmontés d’un toit arqué, fait de plaques de pierres superposées. La porte d'entrée de chaque maison est étroite et basse pour permettre aux murs de soutenir la structure et aux guerriers de contrôler la voie d'accès au village.
Orongo était le centre d'un culte ancien répandu sur toute l'île : le culte de l'« homme-oiseau ».
Le clou de la cérémonie était représenté par une compétition au cours de laquelle chaque représentant des tribus locales chargeait un jeune athlète de s'emparer du premier œuf pondu par la « sterne fuligineuse », un oiseau très rare qui se reproduisait sur les îlots situés face au site.
Les athlètes dévalaient les rochers d'Orongo puis nageaient à l'aide d'un petit radeau en roseaux jusqu'aux îlots, bravant ainsi la force des vagues de l'océan. Le premier athlète qui trouvait un œuf de cet oiseau devait le ramener sur la terre ferme en l'attachant sur son front. Il se voyait alors attribuer le titre honorifique d'« homme-oiseau » qui permettait au chef de sa tribu de gagner le prestige de tous les habitants de l'île.
Les dernières compétitions remonteraient à 1866-1867.
Nous découvrons le cratère d'un volcan, situé juste à proximité. Il était utilisé autrefois comme réserve d'eau douce par les habitants de l'île. D’une parfaite rotondité, la brèche située sur le côté laisse entrevoir l’océan et ajoute à la beauté naturelle du lieu. Le fond, patchwork de plaques végétales et d’eau reflète en partie le ciel. Quel spectacle !
Il est 15 heures passées, lorsque nous déjeunons d’un excellent repas de grillades à Hanga Vare Vare, seul village de l’île, au bord de la mer, sous des tivolis disposées à notre attention.
Nous en profitons pour déguster un dernier Pisco Sour, et une bonne bouteille de vin rouge chilien. C’est notre dernière escale au Chili, on ne lâche rien !
Nous allons ensuite à la plateforme d'Ahu Akivi et ses 7 splendides moaïs dirigés vers la mer.
Le site a été restauré dans les années 60 sur la base des techniques qui auraient été vraisemblablement utilisées à l'époque pour le levage des monolithes.
Ainsi, les architectes chargés de la restauration ont calculé que 30 hommes auraient pu tailler un moaï en un an, à raison de 8 heures de travail par jour, que 90 hommes auraient pu transporter la statue de la carrière au site le long d'un chemin spécialement préparé et que ces mêmes hommes auraient pu dresser le moaï en trois mois environ.
Mais au-delà des chiffres et des techniques utilisées, les questions nous assaillent :
- Pourquoi ces 7 grands moaïs ont-ils été placés sur cette énorme plateforme ?
- Pourquoi cette plateforme est-elle la seule tournée vers la mer et non vers le centre de l'île, comme tous les autres ?
- Pourquoi, à l'occasion des équinoxes, ces sept magnifiques statues regardent-elles précisément en direction du coucher de soleil ?
- Le site avait-il une signification astronomique ?
Nous ne trouverons pas aujourd’hui les réponses à nos questions, à moins que le mystère ne perdure pour toujours.
Mais peu importe, ce qui compte, c'est le souvenir fort que nous conserverons après avoir pu contempler ce miracle de l'art, de l'habileté, voire de l’ingéniosité humaine.
Avant de rejoindre le bord, la guide nous arrête devant un bâtiment construit en tôle ondulée, rouillé et visiblement déserté depuis plusieurs années.
Elle nous explique à cette occasion l’occupation des anglais de 1950 à 1980, qui ont introduit des moutons, et utilisé les Rapa Nui comme esclaves.
Ce fut un désastre humain, et écologique, car les moutons arrachent l’herbe qui pousse difficilement.
La révolte a bouté les anglais hors de l’île, aujourd’hui ils sont carrément détestés.
Nous empruntons une chaloupe pour rejoindre neoRomantica.
Au débarquement, dans une mer agitée, Monique a exécuté une brillante acrobatie artistique qui lui a valu de se retrouver en fâcheuse posture.
Heureusement sans aucune gravité, nous avons été quittes pour un grand éclat de rire et personne n’a accusé le Pisco Sour...
Nous quittons en soirée Rapa Nui, île qui nous a envahi l’esprit, ce qui expliquera sans doute la longueur de ces propos.
L’ancre est remontée, neoRomantica s’éloigne comme à regret, 3 petits coups de corne de brume:
Adieu Île de Pâques !
P.S. La connexion internet en ce moment est rare, lente et difficile. Il faudra patienter pour les photos !
La plateforme d’Ahu Tongarik
La carrière de Rano Raraku
La plateforme d'Ahu Akivi et ses 7 moaïs dirigés vers la mer.
Les moaïs sont derrières !
Île de la Réunion ou Rapa Nui ?
Habitat actuel de l'île
Habitat ancien du village d'Orongo
Le cratère, ancienne réserve d'eau de l'île
Atmosphère de l'île de Pâques

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